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Zéro déchet et gestes individuels : faire sa part, ça sert à quelque chose ?

Par C. l'air du temps

Faire sa part, le zéro déchet et les gestes individuels : est-ce que ça sert à quelque chose ?

En matière d’écologie, il existe une mise en opposition récurrente entre les gestes individuels d’une part, et les actions à l’échelle collective (Etat, collectivités, entreprises) d’autre part. La démarche individuelle a largement été encouragée et médiatisée, au travers de la légende du colibri, notamment par la voix de feu, Pierre Rabhi. Face au feu de la forêt, le colibri « fait sa part ». Le récit évoque ainsi la possibilité de l’individu d’agir à son échelle, même en pleine conscience que cela ne suffit pas.

Or, « ces petits gestes » sont décriés à la fois car ils font porter la responsabilité de la situation écologique sur les individus (culpabilisation) mais également parce que, selon leurs détracteurs, ils ne servent à rien.

Comme souvent, il y a du vrai et du faux dans cette assertion. Et la nuance doit être de mise. Il faut également rappeler qu’à force d’opposer les luttes, l’apathie s’installe, ce qui est contre-productif pour faire avancer les choses.

Voici notre avis personnel, à la lumière des choses écrites par des gens très sérieux… De quoi vous fournir des arguments la prochaine fois que vous vous poserez la question…

Zéro déchet et petits gestes : faire sa part ça sert à quelque chose ?

Faire sa part à l’échelle individuelle : une utopie ?

La légende du colibri : instrumentalisation des individus ?

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou agacé par ses actions dérisoires, lui dit : « Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » « Je le sais, répond le colibri mais je fais ma part »

— Demain entre tes mains, Cyril Dion, Pierre Rabhi, Actes Sud Junior

Cette légende, reprise dans le cadre de la lutte écologique, est très souvent critiquée. En effet, elle ferait porter le poids de la situation sur les épaules des individus. De plus, elle sert de point de départ à une pensée – très courante dans les discours politico-écologistes – qu’effectivement « faire sa part » ne sert à rien. En étant honnête, on l’a souvent nous-mêmes pensé. Cette pensée revient d’ailleurs régulièrement comme une rengaine qui chercherait à déstabiliser notre engagement.

Le flot d’informations sur l’état d’urgence écologique (et sociale) de notre monde peut vite nous submerger. Il est alors facile de penser que ce qu’on fait en tant qu’individu ne sert à rien. Que trier ses cartons, manger végétarien, faire ses courses en vrac et acheter ses vêtements d’occasion a bien peu d’impact au regard de l’inaction des états, des voyages de milliardaires dans l’espace ou des milliers de vêtements de fast-fashion consommés dans le monde.

Et c’est vrai : les « petits gestes » ne sont pas suffisants…

Dans son rapport intitulé « Faire sa part ? pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises, et de l’Etat », le collectif Carbone 4 met effectivement en évidence que les « petits gestes » seuls, effectués à l’échelle individuelle, ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs des Accords de Paris en terme d’empreinte carbone. En effet, si l’on combine l’ensemble des actions qui peuvent être menées à l’échelle individuelle, la baisse de l’empreinte carbone serait « uniquement » de 25%.

Sachant que ces 25% sont un scénario optimiste se basant sur un « engagement héroïque » de la part de l’individu, un engagement « modéré » (plus réaliste) permettrait de réduire de 20% son empreinte (tout type d’actions confondues).

L’empreinte carbone moyenne des Français, qui s’élevait à 10,8 tonnes de CO2 en 2017, doit baisser d’environ 80% d’ici 2050 pour parvenir aux 2 tonnes de CO2 par an compatibles avec l’Accord de Paris. (…) Nous avons ensuite regardé ce qu’il était possible d’espérer en termes de baisse de l’empreinte carbone si un Français activait conjointement et systématiquement l’ensemble de ces actions, tous les jours de l’année. Il en ressort que la baisse serait de l’ordre de -25%.

— Carbone 4

Et le zéro déchet là-dedans ?

Et bien c’est un des gestes individuels les moins impactants en terme d’empreinte carbone individuelle. En soi, ce n’est pas un « très bon coup de pub » pour notre blog sur lequel nous parlons de zéro déchet depuis 2016…

Mais c’est, selon nous, important de comprendre l’efficacité de nos gestes, en se concentrant sur ce qui a le plus d’impact. On comprend notamment que devenir « zéro déchet » n’a pas beaucoup de sens si on continue à prendre l’avion 3 fois par an ou qu’on a un régime alimentaire ultra carnivore. Dans l’illustration ci-dessous, réalisée par le Projet Pangolin à la lumière du rapport Carbone 4, il est très visible qu’adopter un régime végétarien a presque 10 fois plus d’impact que le zéro déchet lui-même.

Une autre illustration (à droite) – trouvée sur les réseaux sociaux – complète ce diagramme en ajoutant l’épargne verte et le « job éthique ». Verdir son épargne a ainsi jusqu’à 20 fois plus d’impact que le « zéro déchet ». Pourquoi ? Car cela touche le collectif. Rediriger son argent impacte le fonctionnement des banques. Celles-ci l’utilisent pour financer des projets soutenant notamment les énergies fossiles comme nous en parlons dans notre article « Finance durable : donner du pouvoir à son argent ». Déplacer son épargne vers des projets à impact positif est un geste individuel fort.

Gestes individuels les plus efficaces

Les entreprises, les collectivités, l’Etat doivent faire leur part aussi

Pour atteindre les objectifs climat et protéger le vivant dans son ensemble, l’Etat, les entreprises et les collectivités doivent faire leur part également. Cela concerne la décarbonation de l’industrie, du système agricole, des transports, des services publics… Toujours selon le collectif Carbone 4, 60% de l’objectif 2050 de neutralité carbone sont imputables aux collectivités, à l’industrie, à l’Etat.

Et sur ce point-là, forcément en tant qu’individus, nous avons assez peu, voire pas d’impact, ou moyens d’actions. D’où le sentiment de baisse de moral : la part d’action de l’individu semble dérisoire.

A moins de passer par le mode collectif : l’Affaire du Siècle en est le parfait exemple. Il s’agit d’une action initiée en 2018 par une pétition signée par plus de 2 millions de personnes. En décembre 2018, les 4 associations porteuses du projet attaquent l’Etat pour inaction climatique. 3 ans plus tard, c’est 2 victoires historiques ! En février 2021, une condamnation de l’Etat pour inaction climatique et en octobre 2021, un obligation de l’Etat à réparer le préjudice écologique causé par son inaction climatique d’ici au 31 décembre 2022. L’union du collectif d’individus a fait la force et forcé les instances à bouger.

Sans plus attendre, il repart vers les flammes. Les animaux se regardent étonnés. C’est Toucan qui le premier dit : « j’y vais aussi. J’ai un grand bec et je sais voler ». Puis Ara s’écrie : « attends je viens avec toi ». Finalement, prenant un peu d’eau dans leur bec, dans leur museau, dans leurs pattes tous les animaux s’élancent vers l’incendie. L’histoire ne dit pas s’ils ont réussi ; mais depuis ce jour, quelque chose a changé et les animaux se sentent unis par une force nouvelle. Et plus aucun d’eux ne se moquent de la petite taille du Colibri

La Légende du Colibri, Denis Korreman

Calculer votre empreinte carbone avec l’outil de l’Ademe :

Nos gestes pour le climat

Et pourtant, faire sa part : c’est utile

OK, donc, le zéro déchet et les « petits gestes » individuels, ont un impact mais ils ne suffisent pas. Néanmoins, – note à nous-mêmes – il est important de continuer à faire sa part, et ce, pour plusieurs raisons :

Réduire du quart notre empreinte, c’est important !

Comme le rappelle le collectif Carbone 4 « si tant est qu’ils (..) ne servent pas que de caution morale pour excuser
d’autres modes de consommation moins irréprochables », les « petits gestes » permettent de réduire jusqu’à 25% notre empreinte carbone individuelle. Et c’est déjà énorme ! Pardonnez-nous d’avance ce raccourci, mais en résumé « c’est déjà mieux que rien ». C’est dans ce sens que la légende du colibri a du sens. Nous sommes capables, en tant qu’individus isolés, de faire baisser notre empreinte carbone personnelle d’un quart ! En être conscients et en être fier.e.s permet de trouver du sens à nos actions.

Reprendre la main et ne plus être impuissants

Face aux actions écologiques à mener pour atteindre notamment les objectifs des Accords de Paris, il est bien normal de se sentir impuissant.e.s. Et, c’est pour cela, selon nous, que nos gestes individuels comptent. Ils sont actionnables par nous et nous seuls : cela permet d’agir à son échelle. D’être dans l’action plutôt que dans l’apathie.

Devenir zéro déchet a été pour nous le point de départ d’une prise de conscience environnementale. Surtout, cela nous a permis de reprendre la main sur notre environnement. On s’est rendu compte qu’on avait la possibilité d’agir. Avec ces «petits gestes» zéro déchet, on est passé du supermarché à l’épicerie de quartier, on a changé de travail, on a adopté le vélo, on a pris conscience du pouvoir de notre épargne… Et surtout, on s’est mises à PARTAGER la démarche autour de nous (avec vous notamment).

Au-delà de l’empreinte carbone : le cas de l’impact du traitement des déchets

Selon le Haut Conseil pour le Climat, «l’impact climatique des déchets en France est évalué à environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre (GES)». Comme le rappelle Zero Waste France, les systèmes de traitement des déchets, que ce soit les décharges ou les incinérateurs sont à mettre en cause.

«Les décharges, (…) sont fortement émettrices de méthane, un gaz moins connu que le CO2 mais pourtant environ 30 fois plus réchauffant». (…) Quant aux incinérateurs, «pour chaque tonne de déchets incinérée est émise au moins une tonne de CO2. Cependant, seule une partie de ces émissions est prise en compte dans le calcul de l’impact carbone du secteur. En sont exclues les émissions issues de la combustion des déchets de la biomasse. Sans parler des déchets envoyés au recyclage. Ils terminent leur course dans l’arrière-cour d’un maison dans la banlieue d’Hanoi afin d’être «recyclés» de façon artisanale avec des conséquences désastreuses pour les personnes et les milieux naturels.

Prendre en compte l’empreinte écologique

Bien sûr l’urgence est à la lutte contre le dérèglement climatique et de fait, à l’urgence d’agir pour cette cause. Mais l’érosion de la biodiversité est également une des limites planétaires que nous avons dépassé. L’activité humaine a des répercussions sur l’environnement, la santé de la biodiversité, du vivant dans son ensemble. L’empreinte écologique permet de mesurer l’impact des activités humaines sur la nature. Comme le rappelle le Projet Pangolin « elle exprimée en hectares (et non en équivalent CO2) puisqu’elle mesure la superficie biologiquement productive nécessaire pour soutenir la consommation humaine. »

Ainsi, agir à l’échelle individuelle en végétalisant son alimentation, en supprimant les produits toxiques de se s produits ménagers, en achetant des vêtements produits sans pesticides, c’est agir indéniablement sur notre empreinte écologique c’est-à-dire à réduire la surface biologique nécessaire à notre propre consommation et à impacter (et polluer) au minimum les milieux naturels et par extension, le vivant.

Reprendre la main sur notre consommation

Agir à l’échelle individuelle permet également d’assumer la responsabilité de notre consommation et de ne plus accepter que d’autres en paient le prix (actuellement à l’autre bout de la planète ou les futures générations). La société moderne invisibilise en permanence les conséquences de nos actions quotidiennes. Ainsi, on ne prend la mesure de nos déchets que lorsque les éboueurs sont en grève et que les poubelles débordent (dégueulent) sur nos trottoirs. Et cela en est ainsi pour l’ensemble de nos biens de consommation. On ne voit que la pub alléchante et non tout ce qui ce cache derrière.

Le « sac à dos écologique » du chercheur allemand Friedrich Schmidt-Bleek ou encore l’« empreinte cachée » de Babette Porcelijn, sont des concepts qui mettent en lumière la quantité des ressources naturelles qui a été nécessaire à la fabrication d’une matière première ou d’un produit fini. (…) Pour exemple, le sac à dos écologique d’une montre est de 12,5 kilos, celui d’une alliance en or de 5 grammes de 2 tonnes.

Plus que le traitement, c’est l’étape de production qui se révèle la plus émettrice – d’où l’intérêt et la nécessité de développer des logiques de réemploi et de réparation pour allonger la durée de vie de nos objets et diminuer d’autant la pression climatique induite par leur fabrication.

— Zero Waste France

Vers l’action collective

Vous l’aurez compris, l’action individuelle ne peut à elle seule gagner la bataille. La prise de conscience et l’action individuelle doit ensuite tendre vers l’action collective, pour un plus grand impact. D’où l’intérêt de monter ou de rejoindre des collectifs ou des associations, qui, par le nombre, permettent de porter plus largement les actions. Comme par exemple, l’association Zero Waste France, dont une majeure partie de l’action est dédiée au plaidoyer pour faire bouger les choses au niveau des collectivités et de l’Etat.

Enfin pour conclure, afin que vous ayez des munitions sous la main la prochaine fois qu’on vous dit que vos petits gestes ne servent à rien. Pour Carbone 4 : « le mouvement massif et général vers une société bas carbone devra passer par la mise en mouvement de tous, à la mesure des efforts déployables par chacun. »

Faire sa part : et si on arrêtait d’opposer gestes individuels et action collective ?

N’hésitez pas à nous donner votre avis !

4 Commentaires

FEUGERE 16 janvier 2022 - 20 h 36 min

Merci pour cer article très complet, très instructif et très bien documenté.
Faire sa part est indéniable.. Je me pose régulièrement la question de l impact de mes gestes..depuis plusieurs années… Mais je continue et je me sens moins seule depuis quelques années..

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C. l'air du temps 16 janvier 2022 - 21 h 23 min

Bonjour Sandrine ! Merci beaucoup pour ce retour ! C’est important selon nous d’être lucides sur l’impact de nos gestes. Cela permet 1. d’être « armé.e.s » quand on nous dit que ça ne sert à rien 2. de mettre de l’énergie dans ce qui a le plus d’impact. Rassure-toi, on se le dit aussi régulièrement, ainsi cet article c’est aussi une petit « memento » pour ne pas oublier que ce qu’on prone et qu’on fait a une importance ! A très vite

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marianne 16 janvier 2022 - 23 h 26 min

La fameuse question ^^
Je suis parfois tellement dégoûtée de voir qu’une poignée d’individus ultra-riches polluent plus que des centaines de millions réunis (comme le voyage dans l’espace cité…) que je me démotive… Et puis ça repart, principalement parce que je culpabiliserais trop de faire certains gestes ou achats ! Mais au fond, j’y crois de moins en moins malheureusement.
On vit en effet dans une société qui se déresponsabilise beaucoup et qui culpabilise fortement les individus, à mon sens…
Désolée pour ce commentaire négatif ! Mais quand je vois combien font d’efforts dans leur quotidien pendant que d’autres n’en ont absolument rien à faire et se la coulent douce, je trouve ça très injuste.
Petit aparté sur le colibri : j’avais entendu qu’en fait, on ne racontait jamais l’histoire en entier et qu’on avait donc pas la bonne morale. En réalité (à vérifier, hein) le petit colibri avec sa goutte d’eau inspira petit à petit tous les autres animaux qui à leur tour amenèrent de l’eau à la mesure de leur capacité, et ils réussirent à éteindre l’incendie grâce au collectif. Je préfère cette version qui laisse entendre qu’on ne fait pas tout ça pour notre bonne conscience, parce qu’on « doit le faire » même si ça ne sert à rien, mais aussi pour inspirer les autres, montrer l’exemple et petit à petit faire bouger les choses par la force du nombre !

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C. l'air du temps 17 janvier 2022 - 9 h 14 min

Merci Marianne pour ton commentaire ! Qui n’est pas si négatif et reflète plutôt bien le sujet ! Ce n’est pas si évident en réalité. Encore une fois, bien sûr cela peut paraitre injuste de faire soi-même pendant que d’autres « se la coulent douce » pour reprendre l’expression. Néanmoins, c’est important de se poser la question: quelle est l’attitude qui me parait « juste » pour moi-même ? Cela nous parait difficile de ne rien faire en sachant. Par contre, il ne faut pas se culpabiliser de ne pas être « assez ». Concernant la remarque sur le colibri : c’est très juste ! On va d’ailleurs rajouter cette partie de la légende quand on parle du collectif 🙂 A très vite !

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