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Lutter contre les micropolluants

Les gestes pour lutter contre les micropolluants

Par C. l'air du temps

La micropollution de l’eau… ça vous dit quelque chose ? Comme nous l’avons vu en explorant le cycle de l’eau, l’eau est une ressource limitée. Aujourd’hui, cette ressource précieuse est soumise à de très nombreuses pressions – notamment la pollution. Et ce, en raison des nombreux usages qui en sont faits par l’ensemble des acteurs de notre société actuelle.

Même si tous les enjeux de protection contre la pollution de l’eau ne se situent pas au niveau de la sphère domestique, nous avons néanmoins un rôle à jouer en tant que citoyen.ne.s.

Notamment contre cette pollution de l’eau invisible à l’œil nu que sont les micropolluants. Malgré leur très faible concentration dans l’eau, ces molécules issues de nos modes de vie s’accumulent dans l’environnement et, tout au long de la chaîne alimentaire. Et notre santé ainsi que celle de la biodiversité en pâtit largement.

Nous allons voir ensemble ce qu’on appelle les micropolluants, leurs origines multiples mais surtout les gestes pour les éviter au quotidien !

Sommaire

Les micropolluants

Qu’est-ce qu’un micropolluant ?

Les micropolluants sont des molécules chimiques qui se retrouvent dans l’eau en quantités infimes de l’ordre de 1 microgramme par litre. Soit l’équivalent d’une cuillère à café (ou d’un morceau de sucre) dans une piscine olympique.

Ca paraît peu, mais même à faible dose, ils ont des effets néfastes sur les organismes vivants et la biodiversité par leur toxicité, leur persistance et leur accumulation. Les stations de traitement des eaux traitent une grande partie de ces micropolluants mais tous ne sont pas éliminés. Ces molécules, non biodégradables, rejoignent et contaminent alors les milieux aquatiques, nos ressources en eau potable, et s’accumulent dans la chaine alimentaire. On dénombre aujourd’hui près de 100 000 molécules micropolluantes !

Les sources de micropollution de l’eau

Il existe plusieurs sources de micropollution de l’eau, celle-ci peut être d’origine :

  • Industrielle/Transports : avec les Composés Organiques Volatils dits COV, les hydrocarbures dits HAP, les métaux lourds, les alkylphénols ;
  • Agricole avec l’utilisation des pesticides (herbicides, fongicides, insecticides) ;
  • Urbaine avec les effluents hospitaliers médicamenteux, les eaux pluviales chargées de HAP ;
  • Domestique : les eaux usées domestiques contenants des substances issues des produits d’entretien, cosmétiques, médicaments, pesticides, solvants, etc. ;
  • Naturelle avec les métaux, les HAP, les COV dégagés lors de feux de forêts ou d’éruptions volcaniques par exemple ;
  • Accidentelle, involontaire ou ponctuelle : notamment par les déchets « oubliés » dans la nature, plastiques en particulier.

ZOOM SUR : les stations d’épuration

On peut se demander pourquoi les stations de traitements des eaux n’éliminent pas tous les micropolluants avant le retour des eaux dans le milieu naturel. Leur bon fonctionnement préserve d’ailleurs le milieu naturel d’une grande partie de ces pollutions. Cependant « certains micropolluants restent réfractaires aux traitements comme certainsmédicaments (carbamazépine, sotalol, oxazépam, gabapentine, diclofénac), pesticides (glyphosate, fipronil, imidaclopride) ou le DEHP (utilisé dans la fabrication des plastiques) ainsi que des produits de dégradation, comme l’hydroxy-ibuprofène ou les dérivés du glyphosate (AMPA). »

Adour Garonne

Les risques multiples

La micropollution de l’eau est traitre car invisible à l’œil nu. Il est donc d’autant plus difficile d’en prendre la mesure et de la prévenir. Pourtant, il est vital d’en prendre conscience et d’agir au quotidien, à notre mesure car elle présente des risques à plusieurs niveaux :

  • Santé / Avant de s’écouler via le cycle de l’eau, les molécules incriminées dans la micropollution de l’eau sont en contact direct avec notre organisme que ça soit par la voie cutanée, respiratoire ou par ingestion. Allergènes et irritantes, nombre de ces molécules sont soupçonnées de provoquer des perturbations endocriniennes, des cancers, des pathologies neuronales, etc.
  • Environnement / Relâchés dans la nature après passage dans les usines de traitement des eaux, ces micropolluants perturbent les écosystèmes. Avec notamment des effets néfastes sur la reproduction des poissons, une accumulation dans les organismes vivants des milieux aquatiques et ce, tout le long de la chaine alimentaire ;
  • Porte-monnaie / A tous les niveaux, cette micropollution coûte cher. En premier lieu, car les produits ménagers et cosmétiques coûtent cher individuellement et encore plus quand on les multiplie et qu’on les sur utilise.  Ensuite, car plus il y a de types de micropolluants à traiter en station, plus les coûts de traitement sont importants et nous incombent en partie ;

ZOOM SUR : l’effet cocktail

Avez-vous déjà entendu parler de « l’effet cocktail » ? « Un effet cocktail se produit lorsqu’une substance chimique, que l’on croyait inoffensive à faible dose, devient nocive à cette même dose si elle est mélangée à une autre. Sa toxicité est en quelque sorte dopée – les spécialistes disent « potentialisée » – par l’action du second agent chimique. »

Micropolluants : une responsabilité citoyenne ?

Il est toujours délicat quand on traite un sujet environnemental de pointer avec précision les responsabilités. Car elles sont souvent multiples. Les secteurs de l’industrie, de la mode et des transports sont de tels mastodontes qu’il est indéniable qu’ils sont les plus gros responsables des problèmes environnementaux. Y compris dans le cas des micropolluants.

Néanmoins, sans faire porter la culpabilité aux citoyen.ne.s, il est aussi important de comprendre que nous avons un rôle à jouer dans la compréhension du problème afin d’agir à notre échelle. Pour notre santé en premier lieu puis pour préserver l’environnement. A ce sujet, on vous propose quelques pistes de réflexions :

L’agence de l’eau Adour Garonne soutient plusieurs programmes de recherches sur les micropolluants. Notamment le projet REGARD (REduction et Gestion des micropolluAnts sur la métRopole borDelaise). Une des observations du projet est que les eaux usées d’origine domestique contiennent du DEHP, des parabènes issus des produits cosmétiques, des filtres UV présents dans les crèmes solaires et des pesticides comme par exemple ceux utilisés pour traiter les animaux domestiques (fipronil). On y retrouve aussi en très fortes concentrations de détergents utilisés dans les produits ménagers.

Une autre étude, SMS (Séparer les Micropolluants à la Source en agglomération toulousaine), montre que notre urine, qui ne constitue qu’environ 1% des eaux usées, contient une part très importante de l’écotoxicité mesurée (de l’ordre de 65%). Ce chiffre est quelque peu effrayant.

ZOOM SUR : le plastique

Nous ingérons 5 grammes de plastique par semaine soit le poids d’une carte de crédit. Ce plastique – sous forme de microparticules – est présent dans l’eau, la bière, le sel et les crustacés que nous consommons. Cela en dit long sur l’omniprésence du plastique dans nos vies. Et sur la nécessité d’éviter d’en consommer sous toutes ses formes : sacs en plastiques, objets plastiques à usage unique (gobelets, pailles), objets/aliments emballés, objets neufs contenant du plastique. Mais aussi – cosmétiques, produits ménagers…

Les gestes pour lutter contre les micropolluants au quotidien

Conservateurs, parfums, colorants, épaississants, tensio-actifs, émulsifiants… Beaucoup de nos gestes du quotidien sont susceptibles de générer des micropolluants – sans qu’on s’en rende compte le plus souvent.

Lors du ménage, de notre hygiène et nos repas quotidiens, les molécules se trouvant dans les produits que nous utilisons vont dans les canalisations des eaux usées. Via le petit cycle de l’eau, elles sont ensuite conduites vers les stations de traitemen. Puis, elles transitent dans le milieu naturel et… Reviennent à nous puis que c’est dans le milieu naturel que nous puisons nos ressources en eau potable.

Devant la quantité phénoménale de molécules nocives incriminées et de choses à vérifier, on peut vite être découragé.e.s par l’ampleur la tache. Il est bien sûr possible d’apprendre par cœur les molécules concernées. Mais de manière plus simple, voici quelques généralités pour éviter les micropolluants au quotidien :

  • Adopter une routine minimaliste ménage & cosmétique. Moins il y a de produits moins il y a de risque de pollution et de risques pour la santé ;
  • Opter pour des produits naturels ou éco-labellisés ;
  • Prendre le réflexe de lire les étiquettes afin de décrypter la liste des composants et vérifier leur toxicité (grâce à des applications comme Yuka ou INCI Beauty) ;
  • Respecter les doses et les fréquences d’utilisation ;
  • Réduire voire supprimer le plastique dans son quotidien ;
  • Privilégier la consom’action : agriculture durable, mode de seconde main et/ou éthique, réductions des achats neufs, notamment ceux contenant du plastique…

1. Ménage

Comprendre

Eau de javel, produit vaisselle, lessive, désodorisant, détachant, désinfectant, détartrant… Tous ces produits sont agressifs – et pas forcément utiles – d’autant plus que leur sur utilisation rend les bactéries plus résistantes ! Trompé.e.s par les slogans promouvant des produits qui « nettoient » et font briller la maison sans bouger le petit doigt, on peut être tenté.e.s de succomber à ces produits miracles. Mais en réalité, leur composition est toute sauf « propre ». UFC Que choisir « rappelle que les plus problématiques sont certainement les adoucissants qui exposent notre peau tout au long de la journée à un cocktail de substances toxiques, ainsi que les blocs WC qui (…) sont également particulièrement nocifs pour l’environnement du fait de leurs rejets répétitifs dans les eaux usées. »

Agir

  • Réduire le nombre de produits d’entretien. En réalité très peu de produits sont nécessaires pour nettoyer la maison – au naturel qui plus est ;
  • Choisir des produits éco labellisés. NF environnement ou Ecolabel sont les plus courants mais il en existe plein d’autres que le CESEAU décrypte pour nous ;
  • Attention au sur-dosage : il est important de respecter les doses préconisées ;

2. Hygiène & soin

Comprendre

Gel douche, shampooing, lait corporel, crème solaire, déodorant, dentifrice, mascara, fond de teint… Il est difficile de croire qu’on puisse polluer en prenant soin de soi au quotidien, et pourtant ! La cosmétique conventionnelle est truffée d’ingrédients inertes, toxiques et inutiles et on manque cruellement de transparence à ce sujet. Sont concernées toutes les molécules entrant dans les catégories des perturbateurs endocriniens, allergisants, irritants… Parce qu’il y en a beaucoup, on peut décrypter la liste INCI des produits et vérifier la toxicité de leurs composants grâce à plusieurs outils : une application (comme Yuka ou INCI Beauty), le pense-bête de UFC Que Choisir ou la base INCI du site La vérité sur les cosmétiques.

Agir

  • Adopter une routine minimaliste. En réduisant le nombre de produits adaptés aux réels besoins de la peau : un savon et un shampoing solides pour l’hygiène, une huile végétale pour le soin, un maquillage minimaliste…
  • Choisir des produits éco labellisés. Nature et Progrès, Cosmébio, AB… mais il en existe plein d’autres que le CESEAU décrypte pour nous ;
  • Adopter les produits faits-maison

3. Alimentation / Courses

Comprendre

Aujourd’hui 8,5% de la surface agricole utile est cultivée en agriculture biologique soit 48 000 exploitations. C’est 13% de plus qu’en 2018 mais pas encore assez pour mettre un terme à l’agriculture intensive conventionnelle qui appauvrit les sols et contamine l’ensemble de la chaine alimentaire. Consommer bio, local, de saison, en circuit court permet d’agir en tant que consom’acteur sur la micro pollution de l’eau. Au stade même de la culture et de la production et également ensuite dans l’alimentation que nous ingérons in fine.

Agir

  • Privilégier au maximum une consom’action alimentation : bio, de petits producteurs, locale, en circuit court et de saison ;
  • Limiter/supprimer les aliments suremballés (emballages plastiques) notamment en privilégiant le vrac et la consigne ;
  • Pour faire les courses, on bannit les sacs en plastique (susceptibles de se retrouver dans la nature, de se dégrader en micro particules) en privilégiant les sacs en tissu réutilisables ;

4. Santé

Comprendre

Paracétamol, aspirine, antibiotique, anti-cancéreux, pilule contraceptive, oestrogènes… Il faut savoir qu’une partie des substances actives des médicaments n’est pas absorbée et métabolisée par l’organisme. Elle est ainsi rejetée par les urines et les selles directement dans les WC. Des traces de ces produits rejoignent ainsi le cycle de l’eau. Les méthodes actuelles de traitement des eaux ne peuvent pas éliminer entièrement toutes ces substances.

Agir

  • Privilégier dès que possible des méthodes naturelles pour se soigner : phytothérapie, aromathérapie… Bien sûr, en complément d’une alimentation saine et équilibrée ;
  • Rapporter les médicaments à la pharmacie pour qu’ils soient incinérés

5. Bricolage / Jardinage

Comprendre

Insecticides, herbicides, fongicides dans le jardin, prises et aérosols contre les moustiques, produits pour traiter les animaux domestiques sont autant de polluants que nous utilisons pour la maison ou le jardin. Depuis janvier 2019, la loi Labbé interdit aux particuliers la vente, la détention et l’usage de produits phytosanitaires. Seuls sont autorisés les produits de biocontrôle, ceux utilisés en agriculture biologique et ceux à faible risque. Au jardin, on utilise des méthodes les plus naturelles possibles. Idem pour le bricolage : pour peindre, cirer, décaper, il existe tout un tas de solutions alternatives moins nocives. D’ailleurs, de plus en plus de brocanteurs ont recours à ce type de méthodes pour rénover les meubles.

Agir

  • Privilégier au maximum des produits éco-labellisés, à base de pigments naturels pour les peintures par exemple ;
  • Pour les restes de produits (on évite les canalisations et la nature) : on peut rapporter en déchèterie ou dans un point de collecte EcoDDS qui récupère et trie les « déchets diffus spécifiques » ;
  • On pense naturel pour entretenir mobilier et terrasses extérieurs. Savon noir (terrasse en bois,), vinaigre blanc, Terre de Sommières (tâches de gras)…
  • On opte pour des méthodes naturelles au jardin et au potager ! Difficile de toutes les énumérer mais il existe désormais nombre de forums et de livres sur le sujet.

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6. Vêtements

Comprendre

Synthétique, polyester, nylon ou encore acrylique, sans le savoir, nous polluons quand nous lavons nos vêtements ! La majorité de nos vêtements sont en fibres synthétiques et relâchent – pendant le cycle de lavage – des microfibres acheminées via le cycle de l’eau dans les milieux naturels. Ainsi les microfibres synthétiques crachées par nos machines à laver se retrouvent partout ! La fondation Ellen McArthur décrivait en 2015 une fuite de 500.000 tonnes par an de ces fibres minuscules, sur une production de 53 millions de tonnes de textile. 

Agir

  • Acheter des vêtements en matières naturelle. Coton bio, chanvre, lin… sans matières plastiques, ces cultures demandent peu d’eau et pas de pesticides ;
  • Attention au lavage ! Privilégier un cycle à 30 ° degrés, une lessive liquide plutôt que poudre qui a un effet gommage, éviter le sèche-linge, moins laver les vêtements.
  • Privilégier la mode de seconde main ! 1. Parce que l’industrie de la fast-fashion est très polluante, 2. car ce sont les premiers lavages qui crachent le plus de microfibres ;
  • Filtrer les microfibres textiles en sortie de machine : soit en mettant les textiles synthétiques dans un sac comme le Guppyfriend Bag ou en installant un filtre PlanetCare sur la machine à laver

7. A l’extérieur

Comprendre

La France est le premier pays producteur de déchets plastiques sur le bassin méditerranéen. 80 000 tonnes de plastique sont jetées dans la nature chaque année, dont plus de 10 000 entrent en mer Méditerranée. Encore une fois, même si le consommateur n’est pas responsable de la totalité de ces déchets, nous avons notre rôle à jouer en supprimant autant que possible le plastique de nos vies.

Agir

  • Refuser les sacs en plastique. Utiliser ses propres sacs ou filets en tissu pour partir en balade ;
  • Pour dire stop aux bouteilles en plastique, utiliser une gourde réutilisable en inox ;
  • Dire stop aux objets plastique à usage unique ! S’équiper d’une trousse « zéro déchet » pour partir en escapade : couverts en métal, gobelets réutilisables, serviettes en tissu, et tout autre accessoire pour pique-niquer en extérieur ;

Connaissiez-vous les micropolluants et les gestes pour les éviter ?

N’hésitez pas à partager avec nous !

Pour aller plus loin

Adour Garonne

Agence de l’eau // L’agence de l’eau Adour Garonne – établissement public de l’État – a pour missions de lutter contre la pollution, de protéger les eaux du bassin Adour-Garonne

Aide au consommateur // UFC Que choisir propose de nombreux dossiers de décryptage des produits ménages, cosmétiques etc… Mettant en avant notamment les produits toxiques qu’ils contiennent.

Greenpeace // Sur le site officiel de Greenpeace, on trouve de nombreux dossiers sur les plastiques. Et notamment sur les microplastiques, cette pollution invisible à l’oeil nu.

2 Commentaires

Anne-Fleur 31 janvier 2021 - 14 h 24 min

Bravo pour cet article hyper renseigné, clair & pédagogique ! Vos articles étaient déjà très bien mais je trouve qu’ils ne cessent de s’améliorer avec le temps <3

Répondre
C. l'air du temps 31 janvier 2021 - 14 h 49 min

Merci Anne-Fleur pour ce retour très positif ! Nous avons vraiment plaisir à explorer de nouveaux sujets et ravies du coup que ça plaise autant que nous ! A très vite

Répondre

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