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Plastique : les fausses bonnes idées

Les fausses bonnes idées autour du plastique

Par C. l'air du temps
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Le plastique est un véritable fléau environnemental. Si rien n’est fait, le rejet du plastique augmenterait de 120% d’ici 2040 !

Malgré nos efforts pour l’éviter, avec la pandémie COVID, le plastique effectue un grand retour en force sous prétexte de ses propriétés « hygiéniques ». Et surtout propulsé par les lobbys du plastique qui s’en frottent les mains.

Ce retour est accompagné de « fausses bonnes idées » qui permettraient de déculpabiliser sur l’utilisation que nous faisons du plastique : à savoir le recyclage et le bioplastique.

On décompose ensemble les contours de ce greenwashing autour du plastique !

Le plastique


Un article paru dans le journal Le Monde en avril dernier rapportait qu’un puissant lobby des transformateurs européens de plastique, EuPC (qui représente à Bruxelles les intérêts de plus de 50 000 entreprises de la plasturgie) avait adressé courrier le 8 avril à la Commission Européenne. Dans ce courrier, il demande à la Commission « de reporter d’au moins un an la mise en œuvre au niveau national de la directive SUP [sur les plastiques à usage unique] et de lever toutes les interdictions » déjà en vigueur concernant ce type de produits. Ce courrier en dit long sur la puissance des lobbys, qui dépasse largement nos actes quotidiens de citoyens.

Voici néanmoins pourquoi il faut tout faire pour l’éviter et poursuivre la lutte :

  • Plus de 400 millions de tonnes de plastiques sont produites chaque année dont ⅓ de plastique à usage UNIQUE et ⅓ qui finit directement dans les océans ;
  • Depuis 1950 l’Homme a produit 9 milliards de tonnes de plastique ;
  • La France est le premier pays pollueur de déchets plastiques sur le bassin méditerranéen ;
  • On estime qu’en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans ;
  • POINT IMPORTANT : le plastique se désagrège en microparticules qui deviennent même invisibles à l’oeil mais le plastique ne disparait PAS !

Le RECYCLAGE : fausse bonne idée numéro 1

Les faits

Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas de dire que recycler le plastique ne sert à rien. En effet, c’est une des solutions dans la lutte globale contre ce fléau. D’ailleurs, en visitant nous-mêmes le centre de tri de Toulouse, nous avons appris beaucoup de choses. Néanmoins, ne compter que sur ça c’est carrément se voiler la face !

Pourquoi ? Car le recyclage ne s’attaque pas à l’origine du problème. A savoir, notre consommation de plastique qui ne fait qu’exploser et devient même « l’alibi du jetable » comme le dit Flore Berlingen dans son livre Recyclage, le grand enfumage.

« Le recyclage permet de ne pas remettre en question le jetable et les intérêts économiques qui lui sont liés, et surtout d’éviter de se demander ce qu’il révèle – une surproduction – et les origines de celle-ci, à rechercher dans les fondements du capitalisme et du productivisme. » 

Flore berlingen « Recyclage, le grand enfumage »

Les chiffres

En effet, dans les faits, peu de plastiques connaissent une seconde vie. Dans le monde, seuls 14% des plastiques sont réellement collectés et 10% réellement recyclés. En Europe seuls ⅓ des plastiques collectés sont recyclés.

Pourquoi ces chiffres ?
  • Il y a beaucoup trop de plastiques différents ! Il existe pas moins de 6 types de plastiques avec des propriétés différentes demandant chacun des traitements différents ;
  • Le recyclage du plastique n’est pas rentable ! Aussi aberrant soit-elle, la triste vérité est que le plastique vierge coûte moins cher que le plastique recyclé !
  • La quantité à recycler est énorme ! De fait, on envoie nos déchets vers les pays asiatiques qui croulent sous nos déchets. Dans l’attente, beaucoup de pays se sont mis à incinérer les déchets plutôt que de s’embêter avec l’export.
Le vrai problème

Le cadre législatif européen ne permet pas aujourd’hui une réelle responsabilisation des producteurs de la filière. En effet, en Europe, il existe ce qu’on appelle la responsabilité élargie des producteurs (REP) qui leur impose de prendre en charge la gestion de la fin de vie des produits qu’ils commercialisent notamment le plastique mais également le carton, le verre… Pour cela, ils financent des éco-organismes qui ont la charge de soutenir les collectivités afin d’organiser la collecte et le recyclage des déchets ménagers, et de sensibiliser les citoyens au tri.


Mais ces actions font reposer le bon fonctionnement du système sur les épaules des citoyens sans que jamais ne soit remise en question la SOURCE du problème : à savoir la production exponentielle de plastique.

Les BIOPLASTIQUES : fausse bonne idée numéro 2

En 2015, la loi de Transition énergétique lançait – ce qu’on pensait être – l’interdiction de produits en plastique à usage unique. Bilan, en 2020, le plastique est toujours bien présent avec des sacs plastiques plus épais qui leur vaut le doux nom de « réutilisables ». Qui plus est, de nouvelles espèces sont apparues, solution des industriels pour contourner la loi et vendre du « green ».

C’est notamment le cas des bioplastiques qui n’ont de bio que le préfixe et qui rend leur appellation trompeuse. Notamment pour le consommateur qui pense ainsi éviter le problème du plastique, ce qui n’est pas le cas !

Qu’est-ce qu’un bioplastique ?


Comme l’explique Zero Waste France, « le terme “bioplastique” ne dispose pas à ce jour de définition normée ». C’est « un terme général » qui englobe à la fois des critères sur la composition (les plastiques biosourcés) et sur le devenir lui-même de la matière (les plastiques biodégradables). Il existe ainsi deux types de « bioplastiques » :

  • Les plastiques biosourcés : ils sont en partie composés de matières organiques issues d’une agriculture intensive & industrielle (sucre de canne, amidon de maïs ou fécule de pomme de terre…) et qui peuvent contenir jusqu’à 75% de pétrole ;
  • Les plastiques biodégradables : ils se dégradent sous l’effet de micro organismes et dans des conditions bien spécifiques. Ils ne peuvent donc pas être jetés dans la nature en pensant qu’ils vont disparaitre par « magie ».

Là où ça se complique c’est qu’un plastique biosourcé n’est généralement pas biodégradable et qu’un plastique biodégradable n’est généralement pas biosourcé. Ainsi, au final, l’ensemble de ces bioplastiques posent autant de problèmes que les plastiques conventionnels : leur fabrication est toute aussi polluante et la question de leur fin de vie n’est absolument pas résolue (transfert de problème).


Les « biosourcés » sont la plupart du temps incinérés et les « biodégradables » restent présents dans la nature très longtemps car il faut des conditions très spécifiques pour permettre leur décomposition (rarement réunies dans la nature). D’ailleurs pour avoir fait le test dans notre composteur, ils sont toujours là intacts après des mois de compostage. Ainsi, même si on aimerait y croire et que cela apparait au premier abord comme une solution « miracle », ces « bioplastiques » n’en sont absolument pas une.

Les solutions pour lutter contre le greenwashing

Mais alors… Quelles sont les réelles solutions à notre portée ? Voici quelques pistes pour bien démarrer la lutte quotidienne contre le plastique


1.

Rester vigilant.e.s : en évitant de ne pas succomber au marketing attirant mais trompeur ;

2.

Boycotter les entreprises polluantes : selon un audit de l’association Break free from Plastique, les marques Pespico, Coco-Cola et Nestlé sont responsables à elles-seules de 14% de la pollution plastique mondiale ;

3.

Limiter/supprimer au maximum les produits emballés dans du plastique : en cuisinant des produits bruts, achetés en vrac… Découvrez également nos astuces pour éviter le plastique dans la cuisine ;

4.

Réparer nos affaires qui tombent en panne pour éviter d’acheter du neuf et adopter le Défi Rien de Neuf propulsé par Zero Waste France

5.

Utiliser au maximum des objets réutilisables pour dire absolument NON aux équivalents jetables. Gourde en remplacement des bouteilles plastiques, mugs réutilisables pour les cafés à emporter, sacs en tissu pour éviter les sacs plastiques…

6.

Privilégier la consigne : une très belle alternative pour éviter le plastique. On peut prévoir un tup’ pour son déjeuner à emporter ou aller dans des restaurants qui proposent la consigne…

7.

Soutenir les associations qui luttent contre le plastique notamment i.boycott (à la fois association, plateforme mais également application)

Connaissiez-vous ce greenwashing autour du plastique ?

N’hésitez pas à partager vos réactions !

Pour aller plus loin

Infographies // à découvrir sur le chouette site qqf / qu’est-ce qu’on fait. La problématique du recyclage et des bioplastiques y sont largement abordées en images qui se déroulent !

Livre // Dans son livre Flore Berlingen (Zero Waste France) Recyclage, le grand enfumage aux Editions Rue de l’échiquier, nous montre comment l’économie circulaire est devenue l’alibi du jetable.

Logo Zero Waste France

S’informer // Zero Waste France est une association qui informe les citoyens, accompagne les acteurs de terrain et reste alerter sur les décisions politiques. Retrouvez leur avis sur les bioplastiques.

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