Portraits

Quelle est la raison première d’un tel engagement ?

Camille. Je pense que je ne supportais plus de ne pas savoir ce que je mangeais/consommais. Je suis du style à lire tous les articles sur les produits de consommation aux effets néfastes sur notre santé, et après les retirer un par un de mon environnement. Parallèlement, il s’agit de repenser mes besoins. Nous n’avons pas grandi dans une famille où l’achat était le mot d’ordre mais, il était possible de faire plus, de faire encore mieux. Je veux devenir responsable de mes actions en tant que consommateur, car consommer c’est voter et je vote pour une économie plus verte.

Claire. La raison qui supplante les autres me concernant est l’environnement. La conviction (comme beaucoup d’autres) que nous ne pouvons continuer ainsi, sinon, c’est le mur assuré pour la planète. Ensuite, et cela est corrélatif, l’environnement personnel : la volonté de choisir ce que je mets dans mon assiette, sur ma peau, dans ma maison. La volonté de revenir à des choses plus « vraies ».

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@C. l’air du temps – Sénégal 2009

L’historique de ta démarche de conso-responsabilité ?

Ca. Même si nous avons ça en nous depuis notre plus jeune âge, sans en être nécessairement conscientes, je pense que ma réelle prise de conscience s’est opérée au cours d’un voyage au Sénégal en 2009 où nous avons observé des champs de sacs plastiques à perte de vue. Un électrochoc… Sans être forcément en mesure, vu mon jeune âge, de prendre immédiatement la route vers une démarche plus verte, j’ai entamé ma transition progressivement sans m’en rendre compte : adoption des sacs en tissus pour les courses, achats en fripes des sacs et habits, création de bijoux à partir d’anciens, exploration du monde du DIY… De 2011 à 2013 serveuse dans un restaurant à côté de mes études, nouvel électrochoc : le gaspillage alimentaire. Jeter de la nourriture alors que d’autres ne peuvent pas manger à leur faim : on marche vraiment sur la tête…

Cl. Le plus significatif est que cela a été progressif… Cependant si je devais définir une première étape, ce serait la construction/rénovation de notre maison en 2011. En effet, pendant 24 mois, pour des raisons économiques nous sommes retournés vivre chez ma belle-mère. Toute notre attention et notre portefeuille étaient tournés vers le chantier. On se levait, on mangeait et se couchait « travaux ». Cela a été ma cure détox de consommation. Qu’on se le dise – et ceux qui me connaissent le savent – j’ai toujours été fan de vêtements, de sacs et de chaussures. Cette période a été pour moi l’occasion de me rendre compte que je n’avais pas besoin d’autant. Ma belle-mère a fait les courses durant cette période, si bien que, je n’ai pas non plus mis les pieds dans un supermarché pendant 2 ans et ça ne m’a pas manqué ! Ensuite en deuxième temps (ça nous change tous) : j’ai découvert les joies de la maternité. La prise de conscience s’est alors accélérée : aucune envie d’exposer Poupou – alors qu’elle n’était même pas là – à des produits toxiques que ce soit au niveau des produits alimentaires ou d’hygiène. Depuis qu’elle est arrivée, mes habitudes n’ont pas cessé d’évoluer !

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@C l’air du temps – Motherhood 2015

Quand est arrivé pour toi le « déclic » zéro déchet ?

Ca. Le zéro-déchets c’est un objectif, l’aboutissement du processus entamé, la cerise sur le gâteau. Je faisais déjà beaucoup attention aux étiquettes sur les produits : la provenance, la composition. Mais il y avait mieux à faire : pas d’étiquettes du tout !

Amoureuse de Pinterest depuis maintenant 4 ans, j’ai commencé à fabriquer mes produits ménagers et mes cosmétiques. Et il y a quelques mois, j’y ai lu des articles sur Béa Johnson et j’ai décidé d’acheter son livre. Dévoré en moins d’une semaine, je m’y suis reconnue et il m’a permis de perfectionner ce que je faisais déjà.

Cl. Ici encore, il s’agit d’une démarche progressive et par touches de piano. J’avais déjà quelques bases : yaourtière, machine à pain, tri des déchets… Bref je trouvais que c’était déjà pas mal 😉

Le basculement s’est opéré quand j’ai lu un article en ligne sur une famille française qui avait adopté un mode de vie zéro déchets. L’idée m’a tout de suite plu. Plus tard, j’ai acheté le livre et la lecture de ces pages pleines d’humour ont achevé de me convaincre. Je me suis alors dit 1/je ne suis pas la seule 2/tout est dans la façon présenter la chose. Tout le monde peut participer à sa hauteur. Cela m’a également permis de me rendre compte que j’avais déjà mis en place un certain nombre de ces préceptes depuis longtemps dans ma vie. Ca permettait juste de rendre la chose ordonnée & cohérente au sein d’une démarche plus large.

Et alors du coup, Pourquoi ce blog ?

Ca. Un jour, je me suis dit « pourquoi pas faire un blog?« . Une semaine plus tard, j’étais chez ma soeur qui me confiait qu’elle hésitait à en faire un. La suite, vous la connaissez.

Cl. Je reste convaincue que la démarche est contagieuse. Je le vois quand j’apporte ma boite à fromage au marché et que la personne derrière moi me dit « tiens c’est une bonne idée ». Que la fromagère en question valide à fond ma demande et le fait avec son plus grand sourire, quand j’en discute avec famille et amis et que bonhomme faisant son chemin, on finit par adopter les cotons lavables ou la lessive maison. Tout est dans la manière de le raconter : de façon légère même si le sujet reste sérieux/urgent et surtout sans moraliser.

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@C l’air du temps – Terre & Mer Morbihan 2015

Comment gères-tu cette démarche au quotidien ? Tes astuces ?

Ca. L’essentiel pour moi est que ça ne doit pas prendre la tête, sinon on ne le fait pas. Or, aller dans 10 magasins différents pour faire les courses (surtout moi qui fait principalement mes courses à pied), ce n’est pas possible. Je pense que le plus important est d’y aller pas à pas. Un changement radical est trop compliqué à réaliser ! Tout dépend d’où vous partez aussi 😉 Lancez- vous de petits défis pour avancer pas à pas ! L’application 90 jours est un petit assistant parfait pour commencer : un défi par jour !

Il faut peut être choisir un poste pour commencer : mon assiette ? ma salle de bain ? ma maison ? ma penderie ? A vous de choisir 😉 Après le reste suit naturellement !

Cl. Forcément, on est bien d’accord, ça change les habitudes. Il y a nécessairement une période de rodage : test de recettes de lessive avant de trouver celle qui va bien – test de produits cosmétiques pour trouver celui qui correspond à notre peau/nos cheveux – tournée des revendeurs pour trouver celui qui vend les produits de remplacement des grandes surfaces… Il faut cuisiner plus aussi pour remplacer le « tout prêt » par du « fait maison ».

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@C l’air du temps – Pêche aux palourdes 2014

Tes « gourous » zéro déchets ?

Ca. Au sein de notre famille déjà, un papi roi du troc en Bretagne, des parents globe-trotter attentifs à notre planète et à ses merveilles qui nous ont inculqué des valeurs « vertes », une amie qui m’a initié au DIY et à Pinterest, et un chéri qui a fait de la récup son credo de vie !

Cl. Encore une fois, nous n’inventons rien. L’émergence de la société de consommation nous a fait oublier les règles de l’anti-gaspillage. Pour revenir aux bases, j’applique les gestes des parents et grands-parents : le papy troqueur (des huîtres contre des patates) la mamie tambouille (qui passait des heures en cuisine pour mitonner des plats aux vraies saveurs) la maman promenade (qui préfère toujours la marche/le vélo à la voiture) le papa adepte de la recup’ (qui peut monter un studio musique dans son garage avec tous les appareils récupérés et réparés) la belle mère personnal shoppeuse emmaüs (que je missionne quand j’ai besoin de quelque chose en particulier et qui trouve toujours les meilleurs jouets pour Poupou)

Les points à encore améliorer ?

Ca. Beaucoup ! Personne n’est parfait 😉

J’espère m’améliorer chaque jour ici & ailleurs ; notamment appliquer mes principes peu importe où que je me trouve ! Je me donne des petits challenges : même si je fais tout à pied, je pense arrêter prochainement d’être feignante quand je suis fatiguée et ne plus prendre les escaliers mécaniques dans les transports en commun 😉

Cl. Oula… Plein de choses ! Ma démarche n’est bien sûr ni irréprochable, ni parfaite. J’habite une maison de 150m2 avec piscine et j’utilise mon iphone/macbook tous les jours. J’ai sensiblement réduit l’usage de la voiture depuis que j’ai investi dans un vélo électrique me permettant d’effectuer les trajets (en pente) maison/nounou/boulot… Mais le prochain objectif c’est d’appliquer cette démarche au travail et là c’est pas gagné d’avance car le BTP est sacrément déchets-vore 🙂

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@C l’air du temps – Bardenas 2016

Enfin, quels sont les bienfaits d’un tel mode de vie selon toi  ?

Ca. Je me suis recentrée sur ce qui était vraiment essentiel. Et ça soulage !  Plus envie d’acheter pour acheter. Ca remet en perspective les besoins et les pures envies consuméristes.

Cl. Outre le bénéfice indéniable pour la planète et pour la santé de ma famille – car c’est là pour moi les points les plus importants – m’engager dans cette démarche qui peut paraître contraignante m’a aidé au contraire à m’alléger. Cela peut paraître paradoxal mais sur beaucoup de points (allégement du nombre de produits cosmétiques et ménagers, quasi-élimination du plastique, modification des habitudes d’achats de produits…) cela m’a permis de me sentir plus légère, plus « vraie », plus « juste ».

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