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Coque téléphone écoresponsable consignée et recyclée

Choisir une coque de téléphone vraiment écoresponsable c’est possible ?

Par C. l'air du temps

En 2021, il s’est vendu plus d’1,5 milliards de smartphones et donc quasiment autant de coques de téléphone. La majorité de ces coques de téléphones est en plastique, non biodégradable et non recyclable. Ces objets finissent ainsi leur vie dans la poubelle pour être incinérés ou mis en décharge.

Face à cette problématique, de plus en plus de marques proposent des coques écoresponsables en matières biodégradables. Quels sont ces nouveaux matériaux ? Sont-ils réellement une solution ?

Ce sont les questionnements de départ de Jean-Charles et Maxime les fondateurs de la marque Ekoïa. Ekoïa propose des coques éco responsables, 92% biosourcées, fabriquées en France. La « Coque Infinie » – de son petit nom – est consignée pour être recyclée en fin de vie (on parle de recyclage à vie). Au travers ce projet, ses concepteurs posent la question de la responsabilité des fabricants dans la fin de vie d’un produit en proposant l’économie circulaire pour les objets du quotidien.


Merci à Ekoia pour son soutien dans le cadre de notre collaboration qui m’a permis de faire les recherches nécessaires à cet article.


Le marché des coques de téléphones

Il y avait près de 5,3 milliards de personnes utilisant des téléphones portables dans le monde en 2021. Même si tous les utilisateurs ne possèdent pas de coques de téléphones, on peut aisément se rendre compte que cela fait vraiment beaucoup (beaucoup) de coques de protection à fabriquer et à vendre. C’est d’autant plus alarmant que la fréquence moyenne de renouvellement de mobile est de deux ans. Le marché des coques de téléphones tout comme celui des smartphones est en plein boom et les conséquences sont tout aussi catastrophiques.

La problématique des coques classiques en plastique

Comme la majorité des objets du quotidien, le plastique est le matériau numéro 1 utilisé pour la fabrication des coques de téléphones. « Robuste » « pas cher » : le plastique est le matériau phare du « tout jetable ». C’est l’archétype de l’économie linéaire : on achète une coque en plastique, elle se casse (souvent avant la fin de vie du téléphone), ou alors on a envie de l’accorder à nos envies ou à la mode du moment, on la jette et on rachète. Ce processus pose des soucis à plusieurs niveaux :

  1. La fabrication du plastique est polluante. L’industrie pétrochimique est une des industries les plus polluantes au monde ;
  2. Il n’est pas local. La vidéo de Greenpeace ci-dessous montre l’aberration des objets jetables en plastique et surtout les milliers de kilomètres parcourus ;
  3. L’industrie pétrolière profite à des actionnaires qui s’en mettent plein les poches ;
  4. La fin de vie du plastique est un véritable fléau : ce matériau n’est pas biodégradable. Il met entre 400 et 1000 ans à se dégrader dans la nature. Il ne disparaît pas mais se désagrège en micro particules de plastique polluant la totalité de la chaine alimentaire.

Les coques écoresponsables et biodégradables : une fausse bonne idée ?

Face à ces problématique du plastique, depuis quelques années, on voit émerger des coques « écolo », éco responsables et biodégradables. Serait-ce la solution idéale ? Spoiler alerte : oui et… non !

L’industrie s’intéresse depuis plusieurs années aux « bioplastiques » comme alternatives au plastique à qui les « écolos » mènent la vie dure. Je vous en avais déjà parlé dans l’article “les fausses bonnes idées autour du plastique”.

Voici les problématiques autour des bioplastiques :

  1. Biosourcé ne veut pas forcément dire biodégradable ni forcément écolo : leur fabrication consomme beaucoup d’eau ;
  2. Beaucoup de bioplastiques sont conçus avec de l’acide polyactique (PLA) qui ressemble fortement au PET, l’équivalent du plastique. Il est le seul procédé de polymérisation qui permet d’atteindre le 100% biosourcé mais  leur recyclage est généralement incompatible avec les filières de recyclage du PET, sans adaptation coûteuse des installations ou recyclage en interne par le fabricant ;
  3. En utilisant la partie noble de la ressource agricole, ils entrent en compétition avec l’alimentation humaine et/ou agricole ;
  4. Le remplacement du plastique traditionnel par des plastiques biosourcés n’est pas suffisant. Ils entretiennent un modèle linéaire ou nous continuons de jeter.

Ainsi, même si les bioplastiques “ne sont pas fantastiques”, ils permettent de diminuer grandement l’utilisation d’énergies fossiles contribuant au réchauffement climatique. Ils doivent cependant absolument être associés à de nouveaux modèles de consommation plus responsables.

Ekoia : développer la consigne pour les objets du quotidien

En finir avec le plastique

Maxime et Jean-Charles sont deux amis. Leurs voyages les a confrontés à l’ampleur du fléau plastique. Leur projet Ekoïa est né de la volonté d’en finir avec la logique du « tout-jetable ». L’idée est de participer à la construction d’un monde plus circulaire en prenant la responsabilité des produits qu’ils proposent depuis la création jusqu’à la fin de vie.

Après une campagne de crowdfunding réussie fin 2020, ils se lancent dans la recherche du meilleur matériau pour fabriquer leur « coque infinie ». Cette coque de téléphone éco responsable sera le premier objet d’une série d’objets du quotidien en économie circulaire.

Composée d’un unique matériau à base de déchets de canne à sucre, la coque est 100% recyclable contrairement au plastique traditionnel. Pensée entre Lyon et Dijon, elle est fabriquée et recyclée à Châlon sur Saône.

La marque propose un système de consigne qui lui permet d’assumer sa responsabilité de producteur. Plutôt que de laisser au consommateur la responsabilité de gérer la fin de vie du produit, Ekoïa propose une consigne intégrée dans le prix lors du premier achat (10€ sur les 39,90€). Lorsque la coque est abîmée et ne remplit plus son rôle, vous pouvez la renvoyer gratuitement. Il se charge de la recycler et fabriquer de nouvelles coques. Lorsque vous rachetez une coque, le tarif de la consigne est alors déduit !

« La coque infinie » est donc une coque de téléphone écoresponsable, pensée en économie circulaire, conçue et recyclée en France. Disponible pour l’instant uniquement pour les modèles iPhone en 4 coloris. En effet, il faut bien commencer quelque part, chaque modèle de téléphone demandant un investissement important. 

J’ai hâte de voir les prochains objets imaginés par Ekoia en économie circulaire !

L’économie circulaire pour les objets du quotidien pour en finir avec le « tout » jetable

Pourquoi questionner les objets du quotidien est une bonne idée

Si les tendances actuelles se poursuivent, 12 milliards de tonnes de plastique joncheront les centres d’enfouissement à l’horizon 2050 soit l’équivalent de 1 188 Tour Eiffel. La problématique des coques de téléphones en plastique peut alors paraître anecdotique.

Sauf qu’il n’y a malheureusement pas de « petit » problème écologique et que le consommateur final – même s’il n’est pas entièrement responsable, a forcément un rôle à jouer. La sphère domestique et les objets du quotidien sont donc une cible de choix si on veut – en tant qu’entreprise à impact – s’attaquer au problème de déchets. Surtout, selon moi, il y a un énorme travail de pédagogie à réaliser sur l’empreinte écologique des objets que nous utilisons et consommons au quotidien.

En effet, il y a bien sûr les déchets « visibles », en l’occurence nous concernant la coque de téléphone. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il faut également prendre en compte les ressources « cachées ». Le «sac à dos écologique » (théorisé par Friedrich Schmidt-Bleek) fait par exemple le calcul en tonnes de ressources consommées – sur la nature – par tonne de produits. Pour exemple, le sac à dos écologique d’une montre est de 12,5 kilos, celui d’une alliance en or de 5 grammes de 2 tonnes.

L’ambition d’Ekoïa est d’accélérer la transition vers une économie circulaire qui minimise l’utilisation de ressources, réduit l’impact carbone et évite les déchets. La coque de téléphone est un totem pour traduire cette ambition. Ce n’est pas la coque directement qui va changer le monde mais plutôt montrer que de nouveaux modèles sont possibles. 

Maxime, co-fondateur d’Ekoïa

Ne plus consommer de ressources fossiles existantes

Les experts scientifiques du GIEC sont unanimes. Si on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, il est absolument nécessaire de laisser les énergies fossiles dans le sol. Cela veut dire ne plus extraire aucune ressource d’origine fossile comme le pétrole. Par extension, donc, arrêter de produire du plastique. Imaginer de nouvelles solutions performantes pour réutiliser, recycler sans aucune perte et sans trop d’énergie, les matières déjà existantes est donc une piste intéressante à creuser pour les industriels.

Penser la fin de vie d’un produit dès la conception

Saviez-vous que 80% de l’impact environnemental d’un produit est déterminé lors de sa conception ? Il y a donc un énorme enjeu dans la phase de design d’un produit pour réduire au maximum les externalités négatives d’un produit. Et cela passe notamment par trouver le matériau le mieux adapté au projet. Non pas le plus naturel forcément, mais celui qui permettra d’avoir un process de fabrication le plus vertueux possible avec une étude fine de l’analyse de cycle de vie du produit. En trouvant une matière qu’on peut récupérer et recycler sur site, on optimise ainsi le cycle de vie du produit.

La responsabilité des producteurs

La responsabilité de la fin de vie d’un produit ne doit pas incomber au consommateur final. La société, les industriels doivent prendre en charge la filière de traitement de la fin de vie d’un produit. C’est notamment la notion de REP (responsabilité élargie des producteurs) sur le principe de pollueur-payeur. Avant la loi AGEG (du 10 février 2020), les industriels subventionnaient des éco organismes pour se délester d’avoir trop à y réfléchir. Désormais, l’objectif du dispositif REP n’est plus seulement de traiter les déchets générés, mais également de les prévenir

Voilà pour ce qui est de la loi. On peut s’y soumettre ou au contraire la dépasser en intégrant dans sa feuille de route, la volonté de prendre en charge la fin de vie des produits qu’on propose. C’est ainsi, qu’Ekoia a mis en place un système de « consigne », permettant de maitriser le recyclage efficace de leurs coques de téléphones et d’assurer en même temps au consommateur la possibilité de participer au processus en renvoyant leur produit.

Développer des filières locales

Aujourd’hui, alors que le recyclage est encore vendu par les industriels comme la solution écolo par excellence, certaines filières peinent à être réellement efficientes. C’est le cas du plastique notamment et ce, pour de multiples raisons. A l’échelle mondiale, seuls 14% des plastiques sont réellement collectés et 10% réellement recyclés. Ainsi, même si le recyclage fait partie des solutions, ce n’est pas LA solution miracle pour réduire les déchets. La sobriété et le « zéro déchet » (soit les déchets qu’on ne produit pas) sont de vraies solutions mais encore loin d’être une réalité.

Alors, sans pour autant se servir du recyclage comme excuse pour produire toujours plus, il est intéressant de voir comme celui-ci peut être au service de la création d’une filière à taille humaine, en France, qui est capable de recycler 100% de la matière. Comme c’est le cas avec les coques Ekoïa qui sont nettoyées puis broyées afin d’être utilisées entièrement pour refaire de nouvelles coques dans l’usine où elles sont fabriquées à Chalon sur Saône.

La responsabilité des utilisateurs

Même si les solutions alternatives au pétrole se développent, nous avons également un rôle à jouer en tant qu’utilisateur.trice.s. En effet, il se trouve que le plus gros impact du numérique, c’est l‘utilisation que nous faisons des appareils. De fait, entretenir ses appareils électroniques pour les faire durer le plus longtemps possible est un geste fort pour réduire son impact numérique. De la même façon, il est bien d’essayer de préserver sa coque le plus possible pour éviter un vieillissement prématuré et son nécessaire remplacement. Il est -somme toute – intéressant de questionner également son rapport au besoin d’une nouvelle coque dès qu’on en ressent l’envie. A-t-on réellement besoin d’une coque à paillette, à fleurs, jaune quand c’est la mode, et bleue quand ça ne l’est plus ?

Coque écoresponsable par Ekoïa

Si je devais conclure…

Vous allez me dire que discuter de coques de téléphone écoresponsables n’est pas vraiment un débat qui va nous aider à « sauver la planète ». Je suis à la fois d’accord et pas tout à fait d’accord. En effet, pour être réellement zero waste, il faudrait – pour bien faire – arrêter d’acheter des smartphones et des coques de téléphones – même éco responsables. OK, cependant même si les plus convaincu.e.s s’y mettent, il restera quand même le reste de la population. Je pense que c’est là qu’il faut saluer le travail d’acteurs comme Ekoïa qui – conscientes que cela ne changera pas la totalité de la face du monde – mettent la pierre à l’édifice. Au final, pour que la révolution écologique se fasse, nous n’avons pas besoin de perfection mais bien de milliers d’actions ! Qu’en pensez-vous ?

Connaissiez-vous ce concept pour votre coque de téléphone écoresponsable ?

N’hésitez pas à partager vos impressions !

2 Commentaires

Fanny 4 juillet 2022 - 15 h 03 min

Merci pour l’éclairage sur les coulisses de la fabrication de nos coques de téléphone. Effectivement cela parait anodin comme objet mais ça ne l’est clairement pas ! Je saurai désormais vers qui me tourner quand ma coque sera hors service !

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C. l'air du temps 4 juillet 2022 - 15 h 06 min

Oui c’est vrai, elles sont loin d’être anodines ces petites coques de téléphones ! merci pour ton partage !

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